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Axe III

Territoires, Modèles productifs et formes de régulation

par Rédaction LEST - publié le

Axe III : Territoires, Modèles productifs et formes de régulation

Membres  : Jean-Paul Badiane (M), Flora Bajard (M), Thierry Berthet (M), Céline Bourbousson (M), Valérie Campillo, Christophe Chevalier (M), Caroline Corvasce (M), Fréderic Decosse, Bryan Dufour (M), Mustapha El Miri, Corine Eyraud (M), Martine Gadille (M), Lise Gastaldi, Garance Gautrey (M), Clara Gomez, Karine Guiderdoni-Jourdain, Camille Guirou, Maud Hirczak (M), Xavier Joutard, Cathel Kornig, Annie Lamanthe, Julien Maisonnasse (M), Ariel Mendez (M), Delphine Mercier, Claude Paraponaris (M), Patrick Perez, Francesca Petrella (M), Gwendoline Promsopha (M), Nadine Richez-Battesti (M), Martine Sigal (M), Ingrid Tucci, Caroline Vanuls (M), Eric Verdier, Jérémy Vignal, Antoine Vion. [1]

Le retour sur l’organisation des activités de recherche durant les cinq dernières années et les perspectives de développement envisagées dans ce projet collectif conduisent l’équipe du LEST à introduire un axe de recherche sur le thème des territoires et des nouvelles formes de régulation des espaces et des modèles productifs. Entre transnationalisation et retour au local, les recompositions territorialisées de la gouvernance et des modèles productifs et d’éducation soulèvent de nombreuses questions. Les changements d’échelle tant des mobilités que de l’organisation transforment les modes de régulation installés dans le cadre de la construction des Etats-nations modernes et des Etats-providence. L’internationalisation croissante des échanges économiques et commerciaux, des circulations (migratoires, étudiantes, professionnelles) a, de fait, largement contribué à la porosité des frontières nationales et l’émergence de nouvelles localités. Les politiques de décentralisation (dans les institutions politiques comme dans l’organisation de la négociation collective) en réponse à ces mouvements contribuent tout autant à la remise en cause du cadre national comme niveau pertinent de production des règles qui encadrent les relations de travail et d’éducation. Dans le champ du travail, de la formation et de l’éducation, de nouvelles formes de recompositions déstabilisent fortement les cadres traditionnels de l’action collective, des relations professionnelles et des politiques publiques. Sans présager aucunement que les Etats aient perdu tout leur pouvoir, le double mouvement de « mondialisation » des marchés et de territorialisation des dispositifs de l’action publique invite néanmoins à centrer le regard sur les formes d’ancrage local des activités productives et éducatives. L’étude de la construction de territorialités implique tout autant un regard sur les tensions et conflits, que sur l’émergence de nouvelles formes de coordination et de coopération, cela tant du point de vue des modalités de fonctionnement des marchés du travail, de structuration des organisations (y compris de l’enseignement) et des relations professionnelles que des enjeux liés à la propriété et au partage des ressources. L’appropriation et le développement des outils numériques via leurs usages tant par les acteurs de l’action publique, associative ou éducative devient un objet légitime dans l’étude de l’évolution et articulations de territorialités multiples. Une approche par les territoires apparaît d’abord heuristique pour penser ensemble les processus d’homogénéisation et de différenciation des systèmes productifs. L’échelle locale et les territoires peuvent être également posés comme de possibles sources d’innovations institutionnelles dans l’enchevêtrement complexe des espaces de régulation – formelle ou informelle, publique ou décentralisée - et l’émergence de nouveaux modes de gouvernance des organisations, des territoires et de l’action publique. A partir de cet ensemble de questionnements, l’ambition de cet axe est d’investir les controverses théoriques liées au lien entre espace, travail et éducation, dans la construction économique, sociale et politique des territoires.

Le point de vue interdisciplinaire et comparatif caractéristique des travaux du LEST sur le travail permet de développer un questionnement à trois niveaux qui sera porté par les chercheurs, enseignants-chercheurs et doctorants investis dans cet axe. Ce dernier est plus particulièrement porteur d’une ouverture à la géographie dont la nouvelle géographie économique pour laquelle les modèles productifs spatiaux sont profondément encastrés dans les processus établis dans le passé, ce qui signifie que les inégalités dans la distribution de ressources, mais aussi dans la capacité à les construire orientent l’économie et la cohésion sociale future selon des chemins divers. Les niveaux d’analyse concernent le territoire, comme espace d’appropriation, de production, d’innovation et de régulation ainsi que les formes organisationnelles ou dispositifs qui contribuent à la recomposition des modèles productifs ou éducatifs et enfin, l’action publique, et en particulier les instruments d’intervention publique et de gouvernance sur les territoires.

Territoires, espaces productifs et frontières
Un premier ensemble de travaux interroge l’articulation des échelles globales et locales dans les dynamiques socio-économiques de construction des systèmes et modèles productifs. Le contexte de la mondialisation a repositionné le territoire comme échelle pertinente dans la dynamique des espaces productifs, de leur mise en concurrence et des rapports sociaux et économiques.
Deux questionnements complémentaires sont traités. En premier lieu, les circulations économiques et mobilités des hommes et du travail reconfigurent les relations entre territoires. On peut alors interroger les concurrences et complémentarités entre territoires d’accueil, territoires d’arrivées, et territoires de transit ; l’ancrage local du travail ou de l’emploi des migrants ; l’impact social et économique de la mobilité humaine sur les territoires et la dynamique des rapports sociaux au travail y compris les rapports sociaux ethniques. Le contexte de mondialisation et la circulation qu’il entraîne posent la question de la mise en concurrence ou compétition des entreprises et des travailleurs dans les territoires, des imbrications de normes – internationales, régionales ou européennes, nationales et locales- ainsi que des jeux de spécification de ces territoires - en termes de dispositifs normatifs et juridiques, et de production de rapports au travail différentiels. Dans un schéma inverse, on peut aussi remettre en perspective l’idée d’une déterritorialisation des identités et réseaux d’appartenance dans des communautés transnationales. Enfin, la frontière peut être elle-même considérée comme un espace liminal qu’il convient d’interroger, par exemple du point de vue du salariat saisonnier. A rebours d’une vision transnationaliste qui nous amènerait à interpréter le monde social des saisonniers comme marqueur d’une hybridation des cultures issue d’une libre circulation entre territoires, nous pourrions insister sur des dispositifs étatiques et patronaux de contrôle des mobilités en interaction avec la façon dont les migrants usent de leurs marges d’action et opportunités dans ces espaces.

Espaces de production sectorielle, les territoires amènent en second lieu à s’interroger sur la manière dont l’internationalisation, les circulations, les mises en concurrence et l’évolution des normes techniques ou juridiques font évoluer l’ancrage territorial des activités productives qu’elles soient de biens, de services ou de connaissance. Le regard porté sur les territoires comme siège d’activités productives conduit également à mettre en discussion la propriété et la gestion des ressources (eau, foncier, etc.) et la capacité des espaces locaux ou ruraux à produire du commun, de l’innovation et des apprentissages (pôle de compétitivité, clusters, PME, pôle territorial de coopération économique) dans les formes productives, éducatives et les rapports au travail et à la connaissance qui les accompagnent ; ou à structurer la construction du hors travail et des sociabilités. On peut enfin interroger la pertinence de l’échelle locale et du territoire comme espaces initiateurs d’un développement endogène et plus démocratique dans les pays du Sud. Qu’il s’agisse de pays du Sud ou du Nord, la question du développement endogène et de sa capacité à faire cohésion invite à l’analyse de la diversité des cohérences dans les transformations de modèles productifs et éducatifs en relation des territoires ouverts à l’international. Ces éléments conduisent à poser la question des dispositifs ou des organisations que prennent aujourd’hui ces formes productives sur les territoires. A cette fin, le projet Entremed déposé auprès du LabexMed en 2015 sera proposé à nouveau dans le cadre d’autres appels à projets (AMIDEX, ANR).

Économie sociale et solidaire, communs et diversité des figures du collectif
Les questions liées aux transformations des institutions et des systèmes productifs dans un contexte de mondialisation accrue des échanges et de recomposition des territoires ont constitué un chantier de recherche fortement investi au LEST lors du précédent programme quinquennal. Face à ces transformations, les travaux interrogent la diversité des organisations, dépassant la dichotomie Etat-marché, et l’effacement des frontières entre organisations publiques, privées à but lucratif et d’économie sociale et solidaire. Ils étudient aussi les formes de coopération inter- et intra- organisationnelles sur les territoires, les modalités de gestion des communs, matériels et immatériels, face à l’extension de la propriété privée exclusive, et d’autres formes de collectifs, en particulier en lien avec le développement du numérique et de l’économie collaborative, en se penchant sur leur impact sur l’organisation du travail et sur les dynamiques territoriales. A travers ces questions, il s’agit notamment d’examiner la capacité des organisations à changer d’échelle, comme dans le cas du projet financé par l’URIOPSS Languedoc-Roussillon portant sur les formes de coopération entre associations du secteur social et médico-social, et des territoires à se réinstitutionnaliser dans des jeux multi-scalaires inédits. Parmi les objets étudiés, citons les sociétés coopératives et participatives et leurs formes de coopération interne (en particulier sur les rapports au travail) et externe (sur les territoires où elles sont implantées) qui seront analysées dans le cadre du projet ANR Coop In & Out, les entreprises sociales qui se développent rapidement dans le monde entier et qui sont au cœur de deux projets de recherche en cours, l’un européen (Mapping social enterprises and their eco-systems ), l’autre international (ICSEM- International Comparison of Social Enteprises Models) ou encore les clusters ou les pôles territoriaux de coopération économique (PTCE), caractérisés par la grande diversité des acteurs qui y sont impliqués. Les PTCE sont plus particulièrement étudiés dans le cadre d’une thèse en sciences de gestion. Mentionnons également les travaux sur les communs de la connaissance ou ceux sur la finance solidaire qui apportent un regard critique à l’analyse des communs et contribuent à l’émergence de nouveaux dispositifs. Enfin, cet axe interroge les formes de régulation et de gouvernance de l’action publique aux différentes échelles de pouvoir, leur articulation, les espaces concernés ainsi que la participation d’une diversité d’acteurs dans ces dynamiques. Une thèse est en cours sur ces thématiques.

Territorialisation de l’action publique et nouvelles régulations des formes du travail, de l’emploi et de la formation
L’analyse contextualisée des modes de production, de diffusion et de réception de l’action publique liée au travail constitue un enjeu de recherche clé. Les réformes du marché du travail, la territorialisation de l’action publique en matière de relation formation-emploi-travail, l’émergence de modèles de gouvernance coopératifs et décloisonnés, la question du non-recours aux droits et services, le gouvernement de la question sociale par les statistiques et la mesure constituent autant de sujets qui seront portés collectivement et individuellement par les recherches soutenant ce dernier groupe de travaux. Trois niveaux sont plus particulièrement mis en lumière dans les recherches envisagées au sein de cet axe : les organisations et leurs échelles de régulation, les instruments d’action publique et les usagers des politiques publiques.

Les modes d’institutionnalisation de ces nouvelles échelles dans la régulation du travail appellent des recherches multi-niveaux et comparatives tout autant que des introspections fines dans la cuisine politique des territoires. Tiraillés entre débordement infra et supra-national, notamment dans un contexte européen, les modèles nationaux d’action publique sont en permanente recomposition mais possèdent également des capacités de résistance et d’inertie que soulignent notamment les travaux sur l’européanisation des politiques publiques.
Des recherches, déjà engagées au LEST sur ces différents objets, seront poursuivies et développées. Le croisement des regards disciplinaires sur l’action publique relative au travail et ses évolutions contemporaines constitue un avantage analytique déterminant. Il permet une confrontation fructueuse des schèmes interprétatifs et des méthodes d’investigation.

Une série de questions seront plus directement investies par ces recherches. En termes d’acteurs, le rôle (croissant) des opérateurs et des bénéficiaires des politiques publiques représente une première ligne de questionnement qui renvoie à la discrétion des street level bureaucrats et au non-recours des usagers. En termes d’instruments et dans la continuité des travaux et débats ouverts par Alain Desrosières, sur les manières de quantifier le social et l’usage de la mesure comme « instrument de gouvernement des hommes et des territoires », les outils de la quantification du social (indicateurs, normes comptables) et leurs usages dans les dispositifs publics nationaux et internationaux (classements, palmarès, benchmarking, performance, notation) continueront d’être mis en discussion. Par exemple, la mesure de l’impact social des organisations de l’ESS est aujourd’hui au cœur de nombreux débats tant scientifiques que politiques quant au choix des indicateurs et à leur utilisation par les acteurs publics. Cette question de l’impact social des organisations de l’ESS fait l’objet d’une thèse de doctorat et a été développée dans le cadre du projet européen TSI (Third Sector Impact). Les questions soulevées par ces recherches méritent d’être approfondies ultérieurement. L’enjeu est d’éclairer l’intégration de la rationalité économique par la statistique dans la gestion de l’action publique locale, nationale et supranationale.


[1Les noms des membres sont suivis d’un (M) quand ils émargent majoritairement à un axe