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Programme B

« Marchés du travail, professions, parcours »

par Dernière mise à jour - publié le , mis à jour le

Responsables :
A. Lamanthe et S. Moullet

Liste des chercheurs participant au programme

Anne-Marie Arborio. Pierre Béret. Claire Bidart. Thierry Blôss. Paul Bouffartigue. Jacques Bouteiller (chercheur associé). Marie-Laure Buisson. Leslie Anne Carrer (chercheur associé). Mario Correia. Vanessa Di Paola. Annie Lamanthe. Katia Melnik (chercheur associé). Mustapha El Miri. Caroline Lanciano-Morandat. Philippe Méhaut. Delphine Mercier (chercheur associé). Philippe Mossé. Stéphanie Moullet. Hirohatsu Nohara. Jean-René Pendariès. Francesca Petrella. Nadine Richez-Battesti. José Rose. Eric Verdier. Nathalie Louit-Martinod. Isabelle Shockaert.

Thèses en cours

  • Dacruz, Mikael : Les travailleurs migrants dans les centres d’appel en Amérique Latine (Mexique, Equateur).
  • Chakor,Tarik : Les dispositifs de prise en charge du « stress » en entreprises.
  • DiMéglio, Isabelle : Education et cohésion sociale
  • Germain, Valérie : Le processus de dé-cohabitation des étudiants.
  • Gilson, Adeline : La socialisation professionnelle des conseillers financiers de la Banque Postale.
  • Guttierez, Andriei : Les ingénieurs dans les transformations économiques au Brésil
  • Lavitry, Lynda : Les transformations de la professionnalité des conseillers du Pôle Emploi.
  • Lendaro, Annalisa : Catégoriser pour rendre visible ? Action publique et insertion professionnelle des immigrés en PACA et en Ligurie.
  • Longo, Maria Eugenia : Les temporalités de l’entrée dans la vie professionnelle des jeunes en Argentine.
  • Nizzoli, Cristina : Les relations entre syndicats et immigrés en Italie et en France.
  • Tréhin-Lalanne, Rémy : La construction de l’espace européen d’éducation et de formation, Sociologie d’une gouvernance multi-niveaux
  • Olympio, Noémie : Formation tout au long de la vie et justice sociale : les modèles européens àl’épreuve de la théorie des « capabilités » d’A Sen
  • Bidoli, Fanny : Diversification/homogénéification des politiques de GRH au sein d’un groupe
  • Chaziangelidou, Kalliopi : L’influence de l’Europe sur les politiques de formation professionnelle en Grèce et Italie
  • Benyaou, Madjid : Politiques publiques de formation professionnelle et mutations socio-économiques, le cas de l’Algérie



    Ce programme se situe au croisement de l’économie et de la sociologie du travail, de l’économie et de la sociologie de l’éducation, de la sociologie des professions, de la sociologie de la jeunesse, des sciences de gestion (gestion des ressources humaines) et de la science politique (action publique).
    Il s’intéresse aux dynamiques des segmentations des marchés du travail, des catégories sociales et des groupes professionnels, en interrogeant tout particulièrement les interfaces entre parcours individuels et mutations sociales. Comment les trajectoires professionnelles s’inscrivent-elles dans les évolutions des contextes et des normes, comment les institutions répondent-elles aux défis posés par les formes de flexibilisation et de diversification des parcours, comment les modes de socialisation et de formation s’adaptent-ils aux transformations des marchés du travail ? Telles sont quelques unes des questions traversant ce programme. Celui-ci rassemble des chercheurs qui abordent divers aspects des segmentations du monde du travail, en privilégiant la perspective dynamique et l’approche multidimensionnelle.
    Les questions liées aux inégalités y sont centrales, qu’elles touchent aux champs de l’éducation, de l’emploi, des formes d’insertion, des conditions de travail ou de la santé au travail, qu’elles soient analysées dans leurs dimensions objectives ou au travers de leurs modes de construction sociale et cognitive.
    Ce programme mobilise fréquemment les comparaisons internationales ou les éclairages mettant en perspective les réalités de pays différents. Il met l’accent sur les temporalités et les analyses processuelles afin d’éclairer les dynamiques, les rythmes, les séquences dans les évolutions. Il utilise également les approches par l’entreprise ou par les secteurs d’activité.
    Il comporte des dimensions méthodologiques marquées, notamment sur les méthodes longitudinales (traitement des calendriers biographiques, panels, approche « longue » des parcours... ), sur le renouvellement des outils qualitatifs et quantitatifs permettant d’appréhender des parcours dans leurs contextes, sur les analyses multi-niveaux et sur les analyses des réseaux sociaux.
    La question de la « soutenabilité » prend ici la forme d’une interrogation sur les éventuelles cohérences ou contradictions entre les différentes dimensions du développement économique et social et qui sont explorées par ce programme. En effet, que leur entrée se situe du côté des marchés du travail, des conditions de travail, des processus d’insertion mais aussi d’usure au travail, de la formation initiale ou continue, ou des mutations des formes sociales de domination ou de discrimination, la plupart des recherches sont amenées àprendre en compte ce que les dynamiques de leur objet propre doivent aux tensions qui les relient àd’autres phénomènes, proches ou lointains. La « soutenabilité », qui engage la viabilité et la pérennité des processus engagés, s’élabore dans ces interfaces. Par exemple, la conciliation des temps au travail/hors travail, l’agencement des systèmes de protection sociale, les éléments pertinents des prises de décision en contexte d’incertitude, les déterminants sociaux des problèmes d’insertion ou des accidents du travail, l’élaboration des savoirs migratoires, les nouvelles formes de segmentation des marchés du travail, les bifurcations biographiques ou les reconfigurations des réseaux personnels, sont autant d’objets de recherche qui permettent l’exploration des articulations et des tensions entre des systèmes hétérogènes et mouvants. La mise en dynamique de ces systèmes et de leurs articulations, en croisant les niveaux des acteurs, des organisations et des institutions, est au cœur de ce programme de recherche. On se demandera ainsi comment les sociétés « fabriquent » leurs jeunesses, leurs travailleurs, leurs chômeurs ; comment l’ « institution biographique » réagit aux imprévisibilités des parcours et des histoires ; comment s’agencent et se diversifient les processus d’individualisation ; comment se construisent les parcours migratoires...
    Le processus de mondialisation a contribué àmettre en mouvement ces interfaces, àles bousculer, les révéler ou les complexifier. Il accentue les porosités mais aussi les clivages entre Nord et Sud, entre inégalités sociales, économiques, politiques et environnementales, entre systèmes professionnels, entre structures éducatives, entre marchés du travail, entre modalités d’intégration, etc. Ne pouvant se traduire uniquement en termes d’homogénéisation, il est retraduit ou décliné de manière spécifique par chaque société et dans chacun des objets analysés.
    Ces questions se déploient en cinq axes complémentaires au sein du programme.



    1. Marchés du travail, GRH, conditions de travail, santé.

    Ce premier axe vise àmieux articuler les travaux concernant les marchés du travail (internes et externes), les formes de GRH et la mobilité professionnelle, avec ceux qui portent sur les conditions de travail et la santé.
    Quelles sont les relations entre les formes de mobilité en cours de vie active et le caractère « soutenable » des conditions de travail, au sens de « compatible avec le maintien et le développement de la santé, des compétences et de l’employabilité » des salariés ? Ces relations s’inscrivent dans des dynamiques sociétales qui sont aujourd’hui mises àl’épreuve de la globalisation. Par exemple, en France, la concentration de la population active occupée sur la classe d’âge des 25-55 ans est associée àplusieurs effets : longueur des scolarités et fréquence du chômage et de l’instabilité d’emploi chez les moins de 25 ans ; exclusion précoce du marché du travail des plus de 55 ans (préretraites, mais surtout chômage ou inactivité). Cette concentration est en relation avec l’intensification du travail et la dégradation de la santé au travail : c’est surtout la catégorie « dans la force de l’âge » qui est au travail, mais au prix d’une usure précoce. Les réformes des retraites et les incitations àaccroÎtre le taux d’emploi des « seniors » se heurtent donc en France àce mode de gestion des âges au travail. En effet, l’enjeu du taux d’emploi des salariés vieillissants n’est pas dissociable de la qualité des conditions de travail tout au long du cycle de vie professionnelle. La globalisation économique tend-elle àaccentuer cette singularité sociétale, ou au contraire àla réduire ?
    Nos recherches ont déjàproduit une série de résultats sur ces liens entre enjeux d’emploi et enjeux de conditions de travail et de santé àpartir de certains secteurs d’activité et groupes professionnels particuliers. L’analyse de ces liens sera approfondie : dans quelle mesure traduisent-ils des effets de redoublement entre les dimensions « emploi » et les dimensions « travail » de la condition salariale ? La stabilité dans un milieu professionnel est souvent associée àun parcours promotionnel vers des postes moins pénibles et àune bonne santé, mais la stabilité d’emploi dans des positions professionnelles peu qualifiées et exposées aux risques professionnels semble aller de pair avec une santé dégradée. Comment varient les interactions entre conditions de travail, mobilité professionnelle et santé, selon le moment de la carrière ? Quelles sont les raisons des difficultés d’appropriation, particulièrement dans certains secteurs, des démarches organisées de prévention des risques professionnels ? Répondre àces questions, faire progresser la connaissance des liens entre santé et travail, passe par la poursuite de la combinaison des approches qualitatives et quantitatives (Volkoff, 2010) .
    Les recherches sur les normes de GRH (thèse F. Bidoli) et les politiques salariales nourriront cet axe. L’étude des différentes formes de rémunération dans la fonction publique (primes, salaire au mérite, compétence...) (projet de recherche ANR en 2011 sur les évolutions de la structure des rémunérations) permettra de mieux comprendre en quoi les nouveaux modes d’évaluation et de rémunération des salariés participent des recompositions du salariat sur le plan de l’emploi et des carrières, mais aussi comment ils interviennent sur les modes de mobilisation et sur les processus d’usure au travail. Des recherches passées et futures sur les temporalités envisagent en particulier les modalités de disponibilité temporelle au travail comme un vecteur de plus en plus puissant des segmentations des marchés du travail, mais aussi des pénibilités professionnelles. Un projet de recherche portant sur la comparaison des liens entre organisation du travail, GRH et santé au sein des divisions d’un des plus grands groupes français visera àéclairer les risques sanitaires et àtraiter des coûts et avantages des différentes pratiques organisationnelles en la matière.
    L’enjeu de la « soutenabilité » se pose en effet d’emblée comme un enjeu de conflits potentiels entre temporalités : la recherche de gains de compétitivité des entreprises est prise entre le temps court des logiques financières et le temps long de la construction de l’innovation ; elle entre souvent en tension avec la « soutenabilité » des conditions de travail.
    La prise en compte des relations professionnelles et des nouvelles formes de l’action publique dans le domaine des liens santé/travail sera approfondie. Sous quelles conditions la prévention des risques professionnels peut-elle devenir une composante de la qualification professionnelle des jeunes salariés des petites entreprises ? Cette question s’avère cruciale, àla fois sur un plan normatif (depuis 2002, chaque salarié assume une obligation de sécurité envers lui-même et ses collègues sachant qu’elle n’affecte pas le principe premier de la responsabilité de l’employeur), et sur un plan d’enjeu social (les petites entreprises recrutent beaucoup de jeunes alors que l’exposition aux risques d’accidents du travail y est sensiblement plus élevée que dans les grandes). Dès lors, la capacité de la formation initiale àfaire de la prévention des risques une composante àpart entière de la qualification professionnelle ne devient-elle pas une dimension primordiale de l’action publique préventive, notamment lorsqu’elle s’adresse aux petites entreprises ? A quelles conditions les syndicats sauront-ils se saisir dans les entreprises des enjeux du « stress » et des « risques psychosociaux » de manière àinfléchir l’orientation managériale qui tend àindividualiser voire àpsychologiser leur traitement ? (Projet de recherche ANR sur « stress et risques psycho-sociaux au travail », thèse T. Chakor).



    2. Migrations, relations intergénérationnelles et structuration transnationale des marchés du travail

    Du point de vue des espaces transnationaux, les travaux en cours sur les migrants maghrébins en France et en Italie (El Miri, 2010 ; thèses A Lendaro, C Nizzoli, M. Dacruz), ainsi que le nouveau projet de recherche ANR Fabricamig envisagent les migrations àtravers les savoirs circulatoires, les marchés du travail et la recomposition des relations inter-générationnelles. Ils cherchent àarticuler les dimensions spatiales, économiques et temporelles de la mobilité internationale. La démarche adoptée consiste àanalyser les ressources engagées dans la mobilité internationale (àl’échelle transfrontalière ou transnationale) dans des optiques de reproduction ou de mobilité sociale et/ou familiale, mais également àévaluer les recompositions dues àla migration dans deux domaines directement liés au projet migratoire : les marchés du travail et les arrangements inter-générationnels au sein des familles. Il s’agit donc ici de combiner les approches transnationales classiques avec les approches de deuxième génération (Portes & DeWind, 2007) relatives àla consolidation des circulations migratoires de la première àla seconde génération de migrants. Le projet de recherche Fabricamig sera mené sur deux aires géographiques : d’une part l’Amérique du Nord et Centrale et, d’autre part, l’aire Maghreb-Machrek. Il traite du processus de mondialisation au travers de la mobilité internationale des individus et prévoit d’apporter des connaissances sur la constitution de la chaÎne des savoirs qui contribue àfabriquer la migration. Les liens entre les parcours migratoires et les transformations des systèmes de travail et d’emploi sont aussi étudiés notamment dans d’autres perspectives comparatives internationales, comme les travaux sur les travailleurs migrants dans l’agriculture industrielle en Argentine et en Provence, ou encore sur la base d’éclairages àpartir de terrains étrangers.



    3. Parcours, carrières : approches longitudinales des mobilités et des professions

    Ce troisième axe regroupe les approches en termes de parcours (itinéraires, trajectoires, carrières), quantitatives et qualitatives, qui font le lien entre les marchés du travail et les parcours biographiques (mobilité professionnelle, bifurcation, événements familiaux, expériences de l’emploi précaire, du chômage, déclassement/reclassement, articulations entre transitions biographiques et évolutions des réseaux personnels...). Certains travaux privilégient l’entrée par les entreprises ou les secteurs d’activité, auxquels cas la mise au jour des articulations entre les parcours des individus et l’histoire de ces entreprises ou de ces secteurs est un objectif central (thèses A. Gilson, L. Lavitry). D’autres analysent les séquences de transitions biographiques au croisement des diverses sphères de la vie et en relation avec les systèmes sociétaux qui les encadrent. Dans cet axe seront envisagés les processus de socialisation et d’insertion professionnelle, les mobilités, mais aussi les dynamiques de construction des inégalités et des segmentations professionnelles.
    Les approches longitudinales ont pour vocation d’apporter une connaissance plus fine des dynamiques en déroulant, par des interrogations répétées, le fil du temps. Une place particulière continue d’être faite ici aux jeunes et àla séquence biographique « entrée dans la vie professionnelle, entrée dans la vie adulte » (projet de recherche ANR BIPAJE, thèse ME. Longo). Ce moment crucial pour la reproduction/recomposition des segmentations sociales est un thème de recherche récurrent au laboratoire. En particulier, la jeunesse est une séquence qui enregistre de fortes tensions entre les dynamiques du système éducatif et celles du marché du travail, entre les trajectoires et les institutions qui les encadrent, au travers de processus de plus en plus longs et désynchronisés. On ne peut bien comprendre ces évolutions et ajustements qu’en intégrant àl’analyse les interactions avec la sphère privée (mise en couple, logement) (thèse V. Germain). Se pose alors la question de la « soutenabilité » de ces tensions : on le voit bien au travers des débats sur l’enjeu du déclassement et de sa mesure, où indicateurs objectifs et indicateurs subjectifs doivent être confrontés.
    La mise en perspective internationale sera aussi présente ici. Dans trois contextes sociétaux très contrastés du point de vue des modalités d’entrée dans la vie professionnelle et des formes de l’incertitude sociale (France-Québec-Argentine), le projet BIPAJE se propose de repérer et d’analyser des régularités dans les séquences des parcours, y compris dans l’émergence des bifurcations biographiques, et d’interroger leurs conditions de réalisation. Dans quelle mesure ces régularités ont-elles àvoir avec la mondialisation, dans quelle mesure se trouvent-elles inscrites dans des cadres sociétaux ?
    Compte tenu de l’évolution probable des marchés internes d’entreprise liés notamment àl’allongement de l’âge de la retraite, l’expérience acquise dans l’analyse des carrières des jeunes pourrait être utilement étendue àl’étude de celles des seniors (un projet de recherche pourrait être envisagé dans cette optique).
    Au sein de cet axe, la dimension temporelle est primordiale dans la mesure où l’on cherche àapprofondir l’analyse dynamique des calendriers et des enchaÎnements de séquences au sein des parcours professionnels et biographiques . Il s’agit également de contribuer au renouvellement des outils conceptuels et méthodologiques, qualitatifs et quantitatifs, destinés àl’analyse temporelle des parcours de vie.



    4. Inégalités, segmentations, professions

    La mondialisation amplifie des dynamiques inégalitaires qui s’inscrivent dans des histoires, notamment nationales, et des contextes sociétaux variés. Les différenciations et les inégalités « sociétales », au sens où elles ne construisent pas de la même manière les groupes sociaux, en sont remodelées, en particulier pour les groupes infériorisés et les groupes privilégiés sur les marchés du travail. Il s’agira dans cet axe de recherche d’analyser les mouvements complexes qui redessinent les fractures sociales et les inégalités. Les mises en perspectives internationales visent àéclairer ces processus.
    Par exemple, le développement assez généralisé du salariat étudiant - lié àla massification des études supérieures, aux différentes formes d’aides sociales et familiales, aux évolutions de l’offre d’emploi en matière de « petits boulots », et sans doute àla montée en puissance d’un nouveau modèle de construction des compétences - ne prend ni la même ampleur ni la même forme dans différents pays. Les travaux menés précédemment ont montré que le low wage work était massivement investi par les étudiants dans certains pays, peu dans d’autres. Leur place singulière sur le marché du travail doit d’autant plus être étudiée qu’elle est au cœur de la tension entre les politiques éducatives (augmentation de l’accès àl’enseignement supérieur) et de l’emploi (augmentation du taux d’activité des 20/25 ans) que prône l’Union Européenne (projet de recherche ANR envisagé sur la place des étudiants sur les marchés du travail ; évaluation d’« expérimentations Hirsch » en cours).
    Des travaux sont également réalisés sur les recompositions sociales qui interviennent dans les pays du « Sud » et aux frontières entre Nord et Sud - notamment sur les phénomènes migratoires en lien avec le travail, sur les dynamiques des groupes professionnels (thèse A. Guttierez), ainsi que sur les mobilisations individuelles et collectives. Dans cette perspective, les catégorisations des politiques publiques auxquelles ces recompositions donnent lieu, de même que les phénomènes d’informalisation/ formalisation et de précarisation de la relation salariale, ou encore les rapports entre mondialisation et modes de vie, sont considérés ici comme autant de facettes d’un miroir grossissant de recompositions sociales plus universelles (projets ECOS-Nord et ECOS-Sud). Les résultats déjàobtenus, mais aussi le renforcement des liens du laboratoire avec l’Amérique centrale et Latine (projet de GDRI) devraient permettre de poursuivre et de développer les approches « Sud/Sud » dans lesquelles sont engagés des membres du programme.
    Les travaux sur les dynamiques et les segmentations des groupes professionnels ainsi que ceux sur les formes comparées France-Japon de déstabilisation des marchés internes (ANR NEWDYNAM en cours), prennent place ici en lien avec les travaux sur la transformation des relations entreprises-société qui sont développés dans le programme A. Le mouvement de rétraction et de recomposition des marchés internes du travail se traduit très différemment selon les dynamiques sociétales : l’approfondissement d’une segmentation par l’âge en France semble ainsi se différencier de l’accentuation d’une segmentation selon le sexe au Japon.
    Une autre comparaison France-Japon est prévue, dans la suite des récents travaux sur les professions infirmières. Elle portera sur l’insertion comparée des jeunes dans quelques professions (sport, santé, commerce) et donnera lieu notamment àun ouvrage en japonais.
    Le projet de recherche ANR envisagé sur l’évolution de la structure des rémunérations et mentionné dans l’axe 1 devrait également nourrir cet axe en analysant la manière dont les transformations des structures de rémunérations (rôle des primes et autres rémunérations au mérite, développement ou non des logiques compétence, transformation des formes de progressions salariales...) contribuent àla recomposition des marchés internes du travail et retravaillent les formes de segmentation. La comparaison public/privé sera utilisée, en y intégrant si possible une extension aux fonctions publiques de la récente enquête sur la perception par les salariés du privé de ce qu’est leur rémunération, afin de poursuivre dans la voie des approches articulant les éléments objectifs et subjectifs.



    5. Dynamiques des systèmes d’éducation/formation et recompositions sociales

    Les segmentations et les inégalités sont « fabriquées » par des processus et des systèmes sociaux. Dans cet axe seront ré-interrogées les transformations des systèmes de formation initiale et continue, compte tenu de leur rôle dans la genèse des inégalités sur le marché du travail et dans les recompositions des segmentations sociales. Les recherches s’intéressent en particulier àdes segments sensibles de ce système : lutte contre l’échec scolaire en collège (recherche « TANDEM » financée par le Haut Commissariat àla Jeunesse) et, àl’autre pôle, devenir des cursus d’excellence. Des recherches en collaboration avec la Suisse (thèse N. Olympio) vont porter sur les trajectoires des élèves et étudiants de ce pays, sur la base d’une des premières enquêtes de suivi de l’enquête PISA permettant de lier performances scolaires à15 ans et trajectoires ultérieures dans l’école et/ou sur le marché du travail (2000-2008). Il s’agira alors de « remonter » àla genèse des trajectoires professionnelles en lien avec le système éducatif.
    Les politiques éducatives sont aussi l’un des domaines où est visible le processus international de transferts d’outils de gestion, dont les modalités d’appropriation nationales et locales restent pourtant très différenciées. Nous projetons de développer des travaux, en liaison avec le programme A, sur les effets des politiques européennes dans le champ de l’éducation et de la formation (indicateurs de benchmarking) (thèse R. Tréhin-Lalanne), sur l’appropriation des politiques européennes de formation dans les pays les plus éloignés de la moyenne européenne (thèse K. Chaziangelidou) ainsi que sur les conséquences du processus de Bologne (comparaisons sur le niveau « bachelor »). Sont aussi envisagés des travaux sur l’évolution des missions des universités (notamment le développement de leur mission d’insertion professionnelle). Le projet TANDEM vise, sur la base d’une évaluation expérimentale, àmesurer les apports d’un accompagnement régulier par des étudiants d’élèves dans des collèges de zones en difficulté.
    Les recherches portent aussi, avec une dimension comparative, sur les relations entre les différents « régimes » d’éducation et de formation et la cohésion sociale (ANR en cours EDESCO). Il s’agit ici d’analyser « ce que l’école fait àla société », en contribuant plus ou moins àla force des liens sociaux verticaux et horizontaux, ce qui est une autre façon d’approcher la « soutenabilité ». Les premiers travaux ont montré l’importance de prendre en compte la qualité des liens école/marché du travail (notamment les désajustements). La fin de l’année 2010 verra l’achèvement d’un travail systématique sur les systèmes de formation initiale et continue des pays européens sous le double aspect de l’effet « socialisation » (transmission de valeurs) et de l’effet égalitaire ou non (au sein des systèmes et sur le marché du travail). Menés avec une double approche qualitative et quantitative, ces travaux sont àéchéance de la fin 2011. Mais la construction et la maÎtrise de grandes bases de données internationales ouvrira probablement la porte àd’autres recherches dans la même perspective.
    Enfin, dans le prolongement de travaux menés dans le précédent contrat quadriennal, il s’agira de faire ressortir les enjeux sociétaux des défaillances de la qualité de l’éducation et de la formation au Maghreb (thèse M. Benyaou). Cette problématique interroge les conditions d’évolution des systèmes éducatifs maghrébins vers une convention universaliste de l’éducation qui permettrait d’échapper aux aléas d’une « démocratisation ségrégative » d’autant plus vivace que perdurent de fortes inégalités liées au statut des différentes langues d’enseignement officielles, officieuses et tolérées.


    Opérations de recherche en voie de valorisation, en cours et envisagées (liste non exhaustive) :

    - SIP : « Santé et Itinéraire Professionnel ». responsable scientifique : P. Bouffartigue. Dares, 2008-2010.
    - EDESCO : « EDucation Et Systèmes de COhésion sociale ». Projet ANR. responsable scientifique : Philippe Méhaut, 2009-2011.
    - BIPAJE : « La bifurcation biographique au cœur de la dynamique des parcours d’entrée dans la vie professionnelle : une approche qualitative et quantitative dans trois contextes sociétaux, France, Québec et Argentine », Projet ANR, responsable scientifique : Claire Bidart. 2009-2012.
    - Fabricamig : « La Fabrique des Migrations et des Savoirs Associés : Mobilités, Espaces productifs et Générations », Projet ANR, responsable scientifique Delphine Mercier, CEMCA, 2010-2013.
    - ECOS-Nord et ECOS-Sud : Programmes d’échanges scientifiques du Ministère des Affaires Etrangères avec des pays d’Amérique du Nord et du Sud, responsables scientifiques T. Blôss, P. Bouffartigue
    - NEWDYNAM : « Nouvelles dynamiques des marchés internes, Comparaison France Japon », Projet ANR, responsable scientifique : Hiroatsu Nohara, 2009-2012
    - TANDEM : Evaluation de l’expérimentation « Hirsch », tutorat étudiant dans les collèges défavorisés, Haut Commissariat àla Jeunesse, responsable scientifique : Pierre Béret, 2010-2012
    - Projet de recherche sur les conditions de travail et la santé dans un grand groupe multinational (en collaboration avec Ecole d’économie de Paris) (2011-2013), projet en cours de construction.
    - Contribution envisagée àune ANR sur l’évolution de la structure des rémunérations (avec Matisse-Centre d’économie de la Sorbonne, le Lest se focalisant sur les fonctions publiques hospitalières et territoriales) (dépôt 2011)
    - Projet de recherche ANR « Stress et risques psycho-sociaux au travail : acteurs et pratiques. Le développement de dispositifs liés au stress dans les entreprises », Paul Bouffartigue, Yves Clot, dépôt prévu àl’automne 2010, programme blanc de l’ANR.
    - Projet de recherche ANR comparative envisagée (appel commun « espace européen recherche en sciences sociales », F, UK, NL, G) sur la place des étudiants sur les marchés du travail. (dépôt 2011).